Elise ou la vraie vie de Claire Etcherelli #29

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Ce vieux bouquin, édition de 1980, que j’ai récupéré d’on ne sait ou, trainait dans ma bibliothèque depuis des années. Si l’histoire m’avait toujours donné envie, l’aspect vieillissant du livre, ses pages rêches et jaunies, son dos cassé finissaient toujours par me rebuter.

Il est bien heureux que je sois passé outre car Elise ou la vraie vie est un superbe roman qui sous sa couverture défraichie renferme un vrai trésor de littérature.

J’ai toujours été très attentive au premières lignes d’un récit, bien plus qu’aux résumés ou autres quatrième de couverture, elles donnent le ton, elles sont le premier contact entre l’auteur et son lecteur, elles sont la première impression importante, ce sont elles qui donnent ou non l’envie au lecteur de continuer ou de reposer le livre.

Les premières lignes d’Elise ou la vraie vie sont ceux-ci :

« Surtout ne pas penser. Comme on dit « Surtout ne pas bouger » à un blessé aux membres brisés. Ne pas penser. Repousser les images toujours les mêmes, celles d’hier, du temps qui ne reviendra plus. Ne pas penser. Ne pas reprendre les dernières phrases de la dernière conversation, les mots que la séparation a rendus définitifs, se dire qu’il fait doux pour la saison, que les gens d’en face rentrent bien tard ; s’éparpiller dans les détails, se pencher, s’intéresser au spectacle de la rue. »

J’ai tout de suite su que j’allais aimer. Evidemment.

Si c’est une histoire d’amour, elle ne se perd pas dans l’étalage des sentiments, elle n’est ni voyante ni vulgaire, au contraire, elle est absolument pleine de pudeur et de sincérité, elle est très émouvante car essentielle et réelle.

Le réel justement :  Sortie en 67, quelques années après la guerre d’Algérie, le livre retrace cette période avec beaucoup de réalisme : entre racisme et attentats, suspicion constante et ratonnades. Paris perd de sa gloire et loin du Paris des lumières, du Paris cliché, on se retrouve en plein Paris populaire avec ouvriers, usines, misère sociale et alcoolisme en prime.

« Et quelquefois dans ces caricatures de l’humanité, dans ces corps souffrants, mutilés par la misère, dans ces pièces noires, froides, entre le linge sale et le linge qui sèche, l’un de ces déchets portaient en lui, par miracle ou par hasard, la lueur, la flamme, la lumière qui le ferait souffrir davantage. L’esprit soufflait la comme ailleurs, l’intelligence se développait ou mourait, écrasée. »

Elise grandit en même temps que la guerre, c’est une prise de conscience, la révolte qui gronde, c’est la police, le rejet, l’amour caché, la douleur, les obstacles, nombreux, la tristesse, l’espoir aussi, c’est la « vraie vie ».

Et à travers les mots d’Elise, c’est toute la réalité d’une époque qui nous est conté avec des mots si simples et pourtant tellement puissants, rendant l’ensemble du roman déconcertant de sublime.

C’est dur, c’est pesant souvent, mais ça ne peut pas laisser insensibles.

Il n’y a rien dans ce livre que je n’ai pas aimé, il n’y aucune fausse note et s’il y a quelques petites maladresses, elles n’en rendent l’ensemble que plus authentique.

Ce livre est profondément touchant par son humanité.

Emouvant, dramatique et superbe à la fois, il ne faut pas passer à coté de ce livre, il fait partie pour moi des grands livres du siècle dernier. 

Anne

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2 commentaires

  1. […] Certainement avec Le solitaire, ma lecture la plus marquante de l’année, c’est tout autant l’histoire d’une femme, qu’un récit de guerre et une histoire d’amour et le mélange des trois est tout simplement bluffant. Le style est très féminin, très sensible et à fleur de peau, avec des passages absolument magnifiques. C’est l’amour dans la rudesse de son époque. Un livre qui m’a fait vivre le Paris de ces années-la, un livre vrai tout simplement. Détails ici  […]

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