Ce que le jour doit à la nuit de Yasmina Khadra #21

 

Ce que le jour doit à la nuit.png

Genre : Contemporain, Drame, historique

440 pages

Je me suis enfin décidée à lire ce bouquin ! Enfin, car je l’ai depuis ma bibliothèque depuis la sortie au cinéma du film qui en a été adapté, que je l’en avais déjà sorti une fois, en avait même lu une centaine de pages pour finalement le reposer. Mais ça y est, il est lu, fini et aimé !

« Ce que le jour doit à la nuit » est, avant tout, l’histoire d’un petit garçon, Younes, qui pour échapper à la misère et se voir garantir un avenir est confié à son oncle, pharmacien oranais bien établi dans la communauté française algérienne. L’histoire d’un déracinement donc. C’est un Younes, devenu Jonas, qui va grandir dans cette Algérie des années 30, et murir au fil des amitiés et des rebellions qui commencent à agiter le pays.

 

D’abord, au niveau littéraire, aucun doute, c’est un auteur qui sait écrire ; le texte est très riche et rempli de figures de style. Très cohérent aussi, du début à la fin, pas de fausses notes, pas d’incompréhension de la part du lecteur, les événements se succèdent comme ils le doivent et les années passent au fil des pages sans que l’on s’en rende compte tellement tout le texte forme un tout.

L’ambiance du livre est extrêmement mélancolique, nostalgique, par moment même poétique, Yasmina Khadra explore tout un panel d’émotions et arrive tout à fait bien à les retransmettre, ce qui peut par moment, rendre le livre un peu pesant par son intensité. Il y a peu de sas de décompression, de moments de pur bonheur, de joie intense ou le lecteur peut souffler et dédramatiser. Pour moi, ce n’est pas un problème mais je peux concevoir qu’en cette période, vous ayez envie d’un peu plus de fraicheur.

Cela dit, attention, même si le contexte politique et sociale du livre est bien la guerre d’Algérie, le lecteur ne se retrouve jamais sur le champ de bataille, l’accent n’est pas mis sur cette guerre mais bien sur la problématique de Younes face à ces changements et surtout à son positionnement dans ce conflit. Au final, il n’y a aucun passage proprement insurmontable à lire ni aucune scènes morbides. La guerre est une toile de fond à l’histoire et bien que partie intégrante et moteur de l’histoire, elle ne prend jamais le pas sur les personnages.

Les personnages justement, Younes apparait comme un petit garçon courageux et attachant. Au fil des années qui passent, on le ressent comme un homme perdu qui a du mal à se positionner, entre deux eaux, entre deux cultures il ne parvient jamais vraiment à se décider, a porter haut et fort ses convictions qui s’ébranlent toujours et, si on ne peut le qualifier de lâche, je l’ai tout de même ressenti comme un homme plus spectateur qu’acteur. 

Autour de Younes gravitent tout un tas de personnages que j’ai envie de séparer en deux groupes : sa famille, ses racines, ceux qui lui rappellent d’ou il vient et à quoi il a échappé et ses amis, ceux qu’il s’est fait en tant que Jonas, et non plus Younes, cette nouvelle sphère sociale plus argentée, plus occidentalisée.

Pour chacun des deux groupes, le choix est simplissime, pour les uns, une Algérie algérienne, pour les autres, une Algérie française. Mais Younes/ Jonas, bien que n’oubliant jamais son passé, ne renie pas non plus son présent. Pourtant il est forcé de choisir son avenir et c’est la que le bat blesse, et c’est la que réside toute la problématique du livre. 

Ce que j’ai trouvé profondément noble dans ce livre, c’est qu’a aucun moment Yasmina Khadra ne nous oblige à choisir pour l’un ou l’autre. Même si aujourd’hui -presque- tout le monde déplore le colonialisme, et qu’il aurait donc été facile pour Khadra de tomber dans l’autodafé et la critique bête et facile de la politique française de l’époque, il a choisi, et c’est tout à son honneur, de ne pas moraliser son livre, de laisser à ses lecteur le choix. Et il a fait encore plus, il a rendu aux français algériens- ce que l’on nommera plus tard- les pieds noirs- le droit d’aimer la terre d’Algérie. Preuve, pour moi, d’une grande sagesse.

Un livre finalement très complet, très sain et empreint de réalisme, très beau tout simplement écrit par un auteur qui sans nul doute a beaucoup de talent.

C’est finalement une très belle histoire d’amour entre la France et l’Algérie, et c’est super.

 

Anne. 

 

 

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