Le solitaire d’Eugène Ionesco #18

Le solitaire 2 avec OP.png

Genre : Contemporain 

Pages : 208 

Ca vous est déjà arrivé de retrouver des livres dont vous ne vous souveniez plus l’existence, de tomber dessus par hasard sans arrivez à vous remémorerez où quand et comment il a pris place dans votre bibliothèque ? Car ce fut mon cas pour ce livre. D’aussi loin que je m’en souvienne, il a toujours été la, mais jamais je ne lui avais prêté attention. Je suis heureuse de l’avoir fait.

Vous connaissez sûrement Ionesco pour son théâtre, un pionnier/ fondateur du théâtre de l’absurde, il est connu pour ses pièces Rhinocéros, La cantatrice chauve ou Le roi se meurt. Mais Le solitaire est bien un roman, le premier et le seul de l’auteur, publié en 1973, il fut écrit à la fin de sa vie et quel roman !

Je vais tenter de vous en parler du mieux possible en essayant de vous retranscrire l’émotion que j’ai eu au sortir de ce livre mais ce n’est pas chose aisée car ce livre raconte l’histoire d’un homme qui n’a pas d’histoire.

Un homme de 35 ans vit une vie terne, morose, ennuyeuse et routinière dans laquelle il ne s’épanouit absolument pas. Un jour il reçoit un héritage inespéré qui lui permet de quitter son travail, de déménager et de pouvoir vivre la vie dont il rêve.

Mais bien loin de lui ouvrir la porte des possibles, il va se plonger encore plus loin dans l’inaction et dans sa solitude. Dans ce bouquin, il ne se passe donc rien pour la simple et bonne raison que le personnage ne fait rien. Entre bouteilles de beaujolais nouveau à la  brasserie du coin et micro-promenade pour rentrer chez lui, ses journées passent vides de sens, insignifiantes et immuables. Et lui, cet homme malade, est observateur du monde mais n’y prend jamais sa place.

La grande majorité du roman se compose de questionnements sur le monde, sur les hommes, d’introspection en lui-même, de réflexions et théories métaphysiques sur l’infiniment grand et l’infiniment petit, il s’imagine le monde comme une boite fermée donc le ciel serait le couvercle et ou toute action de l’homme est limitée, ou le savoir est infini mais ne sera jamais complètement compris par l’homme, laissant celui-ci à un rôle d’ignorant, de pantin et d’infirme.

La réflexion empêche l’action aurait pu être le sous-titre du livre ; sa vie passe comme un éclair, ponctué d’accès de folies au sens clinique du terme. Un homme en marge de la société qui tout en le sachant, ne fait rien pour changer, l’inaction poussé à son paroxysme.

C’est un livre excessivement particulier ! Un livre aussi qui m’a énormément touché, on ne peut rester de marbre face à la détresse de cet homme qui peine à rentrer dans le monde et n’y parvient jamais vraiment, face à la dimension dramatique, presque tragique de cette histoire qui n’en est pas une. Tout cela porté par la plume simple et sublime de Ionesco. Il a réussi dans ce livre à magnifier, à rendre beau un homme imparfait et plus que médiocre.

En bref : Un excellent bouquin, un livre qui ne s’oublie pas et qui, je le sais, comptera dans ma vie, un livre important donc, et sur certains points très personnels, un livre-miroir. J’y repenserai souvent avec beaucoup de tendresse et d’affection, de tristesse aussi. Une pépite à laquelle je ne m’attendais pas. Bouleversant et émouvant.

Cependant, et même si c’est un livre universel qui peut potentiellement parler à tout le monde, je pense qu’il aura beaucoup plus d’impact sur ceux qui ont déjà été dans des situations d’échec, qui ont eu cette impression d’être perdu dans leur vie et de ne plus avancer.

J’ai bien peur que si on lit ce livre trop jeune, à l’heure où la vie est encore tracée d’avance et qu’aucune vraies difficultés ne se sont placées en travers de notre chemin et ne nous ont empêchées d’avancer, alors on passera à coté de ce livre et même pire que ça, il sera impossible de comprendre le personnage et alors, au lieu d’être touché et ému par cette homme, on le trouvera ridicule et lâche.

Je ne sais pas si je dois conseiller ce livre ou pas et à vrai dire, j’ai beaucoup hésité à vous en parler car je ne souhaite pas réellement que vous l’achetiez « juste » parcequ »on dit » qu’il est magnifique. Il faut bien plus que ça, il faut que ça vienne de vous et de vous seul sinon je pense sincèrement qu’il ne plaira pas. J’aimerais que ma chronique serve à vous faire connaitre l’existence de ce livre, que vous le gardiez dans un coin de votre tête et qu’un jour, ou vous aurez réellement envie et besoin de le lire,  vous sachiez qu’il est là et qu’il pourra vous parler comme il m’a parlé.

Anne.

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5 commentaires

  1. Parfois, c’est une question de temps et comme tu le mentionnes, de vécu… On laisse un livre dans notre bibliothèque et un jour, on le prend, on le lit et on s’ouvre à une partie de soi… L’histoire nous parle parce que nous sommes disponibles à la recevoir et que nous avons traversé comme les personnages des épreuves, des peines, etc…. Cela m’arrive aussi… Merci pour cette belle chronique!

    Aimé par 1 personne

    • C’est tout à fait ça, vraiment tu utilises des mots très justes..
      D’ou ma difficulté à parler de ce livre à des lecteurs de tout âge, de tout horizon avec chacun leur propre passé derrière eux. J’ai eu du mal à écrire cette chronique concrètement et objectivement, puisque pour moi tout a été dans l’émotion et le ressenti donc pas facile.. Mais comme tu le dis, chaque lecteur se retrouve au moins une fois dans sa vie confronté à ce genre de livres donc il y a une sorte de compréhension mutuelle qui se met en place naturellement 🙂
      Merci beaucoup à toi !

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  2. […] Une claque. C’est poignant, fort, très poétique, c’est un livre qui me laisse un gout âpre dans la bouche mais un livre que j’aime profondément, vraiment. Il me restera longtemps en mémoire. Et puis c’est le seul roman de Ionesco (que l’on connait pour son théâtre de l’absurde) donc ça en en fait quelque chose d’unique et de chérissable pour moi. Détails ici  […]

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