La couleur du lait de Nell Leyshon #16

La couleur du lait.png

Genre : Historique 

Pages : 186 

Ce petit roman rapide à lire me tentait beaucoup de par son résumé ; L’auteur nous raconte l’histoire et le changement de vie de Mary, passant d’une vie de fille de ferme à une vie de servante de maison. Il avait donc, à priori, tout pour me plaire et j’étais assez impatiente de le lire !

Si jamais vous ne l’aviez pas encore remarqué, je suis assez fan des petits récits de vie qui se passent dans d’autres siècles ( L’innocence et La jeune fille à la perle de Tracy Chevalier ou Un coeur simple de Flaubert -pour ne citer qu’eux- peuvent sur certains points ou thématiques avoir des similitudes avec La couleur du lait )

Le roman se décompose en 4 parties, une pour chaque saison de l’année. Une bonne idée de construction/fragmentation du récit qui apporte une petite dose de poésie extrêmement agréable puisqu’à chaque saison, Mary nous décrit les petits ou grands changements que la nature opère sur sa flore. C’est joli, frais et poétique. 

Mary est plutôt attachante et l’on se rend compte dès le début qu’elle n’a aucun filtres. Il faut bien comprendre que Mary vient d’une famille de fermier et qu’elle n’a reçu aucune éducation, elle n’a donc aucune notion des règles de bienséance, de ce que l’on peut dire et ne pas dire, faire et ne pas faire, son discours est donc extrêmement franc, honnête et n’est pas biaisé par les convenances sociales quitte à parfois dépasser un peu de son rang et se révéler impertinente.

La première surprise à été pour moi la forme du récit : C’est Mary elle même qui raconte son histoire en utilisant le vocabulaire et la façon de parler qu’elle connait et utilise. On comprend très vite qu’elle a appris à lire et à écrire mais qu’elle n’est pas allée beaucoup plus loin dans son apprentissage de la littérature et de ses règles puisqu’elle ne sait pas formuler ses phrases, fait beaucoup de fautes de grammaire et de syntaxe, ne met pas de majuscules en début de phrases et n’utilise aucun tirets et guillemets pour les dialogues.

On est donc bien loin d’un français littéraire. Ce qui donne un effet plutôt très particulier et que – à l’heure ou j’écris ces lignes – je n’ai jamais rencontré ailleurs.

Pour vous donner des exemples très concrets : –  » causer avec vous »  » des fois » ( on dit parfois, des fois n’est pas français :p ) ou encore  » ou qu’elle est la vache ?  »

On est donc pour moi beaucoup plus proche d’un récit testimonial fictif –le journal intime de la jeune Mary – que d’un roman.

Il m’a fallu un petit temps d’adaptation pour m’y faire – une petite trentaine, quarantaine de pages – mais j’ai relativement vite réussi à passer outre et à rentrer dans l’histoire sans ( trop ) me focaliser sur cette écriture peu courante.

L’histoire, d’ailleurs, est pour moi très bonne et le potentiel y est énorme. Il n’y a ni trop, ni trop peu de personnages et tous aurait pu être intéressants et utiles au récit. Pourquoi j’utilise le conditionnel me demanderez-vous ? Parceque malheureusement ça ne l’a pas totalement fait pour moi. Je m’explique : Pour qu’un récit soit bon, il faut allier le fond ( l’histoire ) et la forme ( l’écriture ), et dans le cas de La couleur du lait, j’ai tout simplement trouvé que la forme empêchait le fond.

A cause de l’écriture de Mary, de ce point de vue constant en première personne et de la petitesse du roman, et malgré cet énorme potentiel de départ, l’histoire ne reste qu’esquissée et en relief. 

Absolument tout les personnages ( à l’exception peut être de Mary et du pasteur car ils sont les personnages principaux de l’histoire ) peuvent être résumés en un seul adjectif. Certains personnages – je pense notamment à Thomas, le jardinier – n’ont aucune utilité au récit. Ils auraient pourtant pu être intéressants si l’auteur leur avait donné la chance d’exister dans le roman.  Edna, l’autre servante de la maison a un passé extrêmement lourd et renferme des secrets troublants, mais encore une fois, le roman ne nous donne pas la possibilité de nous attarder sur son histoire et on ressort de cette lecture avec pleins de questions qui seront sans réponses.

En règle générale, j’ai vraiment déploré le fait que le roman ne soit pas assez long. Seulement 30 pages pour la première partie qui raconte le quotidien de Mary et sa famille à la ferme, j’en veux plus ! Le passé d’Edna à l’air super intéressant, pourquoi ne pas l’avoir évoqué plus en détail ? D’ou vient cette fascination qu’à le pasteur pour les oiseaux ? Et sa femme, son fils, le jardinier, leur histoire à eux ? J’en veux plus 🙂

C’est vraiment dommage car l’histoire est interessante ! Mais la décision qu’a prise l’auteur de pousser à ce point l’idée d’un point de vue interne est pour moi une erreur.

Cependant, je comprend la décision de narration de l’auteur, en utilisant cette narration particulière, elle offre au lecteur un témoignage authentique et brutale parfois du quotidien de la jeune Mary. Le roman court et le fait que Mary ne s’attarde pas sur les détails donne au roman un coté direct, qui ne s’embarrasse pas du superflu. Simple, court et efficace en d’autres mots.

Mais même si je comprend le but de l’auteur et que je trouve l’idée de journal intime loin d’être mauvaise, cela aurait fonctionné bien mieux sur moi à petite dose. J’aurais préféré que Nell Leyshon ajoute un point de vue omniscient plus littéraire, peut être plus classique aussi mais qui à fait ses preuves. Cela aurait eu le mérite de rallonger l’histoire en donnant plus d’éléments au lecteur et en complexifiant, creusant les personnages et leurs actions et de pouvoir se concentrer non pas seulement sur Mary, mais aussi sur tout ceux qui l’entourent.

Toutes ces lacunes évoquées plus haut sont selon moi, un frein à l’histoire, à ce que l’histoire aurait pu être si elle n’avait pas été limitée par l’écriture de Mary. 

Et comme tout arrive trop vite dans ce livre, que les actions sont succinctes et que je n’ai pas réellement trouvé de liant à l’histoire, la fin qui aurait pu et aurait du être bouleversante et forte émotionnellement retombe un peu comme un soufflé.. Et elle ne m’a ni ému, ni étonné, ni rien de spécial.

C’est réellement dommage que ce livre ait toutes ces coquilles car sans ça, il aurait pu être vraiment bon. 

Pour autant, je pense qu’il peut vraiment plaire à beaucoup de monde, et en un sens, il m’a plu puisque mon ressenti à la fin de ma lecture, est plus proche du  » Allez, madame l’auteur, réécrivez le mieux  » plutôt que  » beurk, je ne veux plus jamais rien lire de cette femme et je met le livre à la poubelle ».

Malgré un énorme potentiel, les choix de narration de l’auteur ont été, à mon sens, une erreur vraiment dommage. Pas un mauvais livre mais il aurait mérité d’être meilleur ! 

Bilan mitigé donc !  

Anne. 

Attention : Certains passages ne conviennent pas aux enfants et jeunes adolescents.

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